Exposition Éclats du rire ! 09 OCT. 2026 > 10 JAN. 2027 — Tripostal, Lille

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Exposition Éclats du rire

Cet automne, Lille devient la capitale de l’humour et de l’audace. Pour la première fois de leur histoire, les 22 Fonds régionaux d’art contemporain (Frac) s’unissent dans un unique lieu pour un événement hors norme : l’exposition Éclats du rire ! 

Une réunion historique pour un patrimoine unique

Fruit d’une collaboration inédite entre lille3000 et le réseau Platform, cette exposition célèbre 40 ans de passion et de décentralisation culturelle.

Cette réunion historique valorisera la richesse de la scène française – des talents émergents aux artistes confirmés – en dialogue avec des créateurs internationaux.

En investissant les trois étages du Tripostal (5 000 m2), les 22 Frac dévoilent la richesse de leurs collections à travers le prisme de l’ironie, de la dérision, du détournement et de la fantaisie.

L’humour comme outil critique

Loin de l’image d’un art élitiste ou austère, Éclats du rire !  propose un parcours effervescent où le rire devient une arme de réflexion. Des jeux de langages aux détournements, les œuvres sélectionnées bousculent nos certitudes avec jubilation. De l’humour le plus léger au plus sarcastique, du plus absurde au plus satirique, l’exposition invitera le spectateur à devenir acteur de sa propre visite par le biais de l’émotion et de l’esprit. 

Un événement pour tous les publics

Sous le commissariat de Caroline David, cette exposition a été conçue comme une expérience généreuse et accessible. Elle s’adresse à toutes les générations, prouvant que l’art contemporain peut être aussi profond qu’irrésistiblement drôle.

En collaboration avec Platform, le réseau des Fonds régionaux d’art contemporain.

Les artistes

Carlos Aires • Ivan Argote • Basserode • Glen Baxter • Ben • Jurgen Bey • Diego Bianchi • Marcel Broodthaers • Maurizio Cattelan • Jacques Charlier • Jean-Jules Chasse-pot • Claude Closky • Mathis Collins • Tony Cragg • François Curlet • Brice Dellsperger • Hélène Delprat • Wim Delvoye • John Deneuve • Hervé Di Rosa • Erik Dietman • Robert Doisneau • Jean Dupuy • Eric Duyckaerts • Ernest T. • Erró • Esther Ferrer • Robert Filliou • Daniel Firman • Peter Fischli & David Weiss • Thierry Fontaine • Samuel Fosso • Michel François • Jean-François Gavoty • General Idea • Pauline Ghersi • Piero Gilardi • John Giorno • Michel Gouéry • Raymond Hains • Jean Hélion • Hans Hemmert • Joël Hubaut • Rodolphe Huguet • Fabrice Hyber • Valerie Jouve • Arnaud Labelle-Rojoux • Stéphane Lallemand • Bertrand Lavier • Ange Leccia • Aurore Le Duc • Lou Le Forban • Natacha Lesueur • Guy Limone • Jacques Lizène • Clémentine Margheriti • Philippe Mayaux • Paul McCarthy • Tony Matelli • Annette Messager • François Morellet • Manuel Ocampo • Orlan • Laurina Paperina • Présence Panchounette • Bruno Peinado • Régis Perray • Guillaume Pinard • Julien Prévieux • Laure Prouvost • Radi Designers • Philippe Ramette • Guy Rottier • Batoul S’Himi • Peter Saul • Franck Scurti • Alain Séchas • David Shrigley • Roman Signer • Pierrick Sorin • Taroop & Glabel • Roland Topor • Endre Tót • Béatrice Utrilla et Bertrand Arnaud • Jean-Luc Verna • Martha Wilson • Nancy Wilson-Pajic • Erwin Wurm

Parcours et thématiques

Déployé sur les 5 000 m² et les trois niveaux du Tripostal, à partir des collections des 22 FRAC, l’exposition a été conçue comme une progression thématique et immersive, guidant le regard de l’intime vers le politique, du rire sur soi jusqu’à une critique sans concession de notre société.

L’ARTISTE SE MET EN SCÈNE

Autodérision, travestissement et grimage

REZ-DE-CHAUSSÉE

Un premier chapitre s’ouvre sur un face-à-face : là où l’humour sert d’armure ou de miroir. Les artistes choisissent leur propre corps, leur image et leur identité comme territoires d’expérimentation et de dérision. À travers le travestissement, le grimage et l’autodérision, ils chahutent avec audace les notions de sérieux, de genre et de statut social.

C’est ce que démontre l’inclassable Jacques Lizène, autoproclamé « artiste de la médiocrité », ou encore les performances pseudo-scientifiques et déroutantes d’Éric Duyckaerts. Les masques tombent et se réinventent à travers les métamorphoses identitaires de Samuel Fosso, les décalages holographiques de Pierrick Sorin, ou le peintre piétiné par son modèle de Jean Hélion. Les œuvres issues du confinement de John Deneuve répondent aux mannequin « upcyclé » de Daniel Firman, tandis que les postures conceptuelles ou parodiques de Marcel Broodthaers, Présence Panchounette ou Brice Dellsperger enrichissent ce jeu de miroirs.

Ce chapitre fait enfin dialoguer ces démarches avec les engagements pionniers, féministes et subversifs d’Orlan, de Martha Wilson ou d’Esther Ferrer — prouvant que se mettre en scène demeure le moyen le plus direct et le plus percutant de bousculer le spectateur. 

L’ART DU DÉTOURNEMENT 

Parodies de l’histoire de l’art, jeux de langage et objets du quotidien

1er étage

Au premier étage, le rire change de cible pour s’attaquer directement à l’institution, aux codes établis de l’art et de son histoire, ainsi qu’aux jeux du langage. C’est le royaume des dynamiteurs du marché et des parodistes de génie, fidèles à l’esprit pionnier de Robert Filliou, qui ouvre ce niveau dès l’escalier avec sa célèbre Joconde. Alain Séchas ouvre véritablement l’étage avec son chat inspiré du David de Donatello. L’incontournable Ben y interroge avec malice la valeur même de l’œuvre, tandis qu’Arnaud Labelle-Rojoux et Ernest T., ou Présence Panchounette et Taroop & Glabel, livrent une relecture facétieuse et érudite de leurs pairs et de l’histoire culturelle.

Les géométries rigoureuses de François Morellet s’amusent des positions du Kamasutra, faisant écho non loin à l’insolence internationale de Maurizio Cattelan, qui bouscule le snobisme du milieu artistique par des gestes aussi drôles que grinçants. Le regard acéré de Pauline Ghersi sur le monde de l’art et les règlements de compte d’Aurore Le Duc achèvent de désacraliser l’institution. 

Ce vent de dérision passe aussi par un piratage en règle du langage, des mots et des images : des jeux textuels de John Giorno aux proverbes d’Annette Messager ou de Jean-Luc Verna, de l’interminable anadiplose de Claude Closky jusqu’à l’humour so British de Glen Baxter. Enfin, l’art de réinventer les objets du quotidien s’exprime à travers les détournements réjouissants — parfois poétiques, parfois cyniques — de Fabrice Hyber, Laure Prouvost et Wim Delvoye. Les artistes les court-circuitent et les réinventent, à l’instar du Saboosh de François Curlet, des performances imprévisibles de Roman Signer, de l’extincteur repeint de Bertrand Lavier ou du Tote Bag kangourou de General Idea.

L’ARTISTE QUESTIONNE LE MONDE 

Critique sociale, politique… L’équilibre du monde

2è étage

En atteignant le point culminant du parcours, le rire se fait définitivement politique, incisif et sociétal, interrogeant avec force l’équilibre du monde. Après s’être moqué de lui-même, puis des codes de son propre milieu, l’artiste s’empare de l’humour comme d’une arme de résistance et de décryptage social. À travers la satire, l’ironie mordante et l’absurde, les œuvres présentées ici dissèquent les travers, les tensions et les paradoxes de notre époque.

Cette mise sous tension se matérialise avec éclat dans la cocotte-minute World Pressure de Batoul S’Himi, métaphore saisissante des pressions géopolitiques contemporaines. L’irrévérence grinçante et monumentale de Paul McCarthy et de Peter Saul dialogue avec l’univers corrosif et graphique de Roland Topor, les compositions pop et saturées d’Erró, ou les affiches lacérées chargées d’histoire de Raymond Hains.

Face aux dérives de nos systèmes, les artistes activent un pas de côté salutaire : Julien Prévieux détourne avec ironie les absurdités du monde du travail et de la technologie, tandis que le duo Peter Fischli & David Weiss explore la banalité du quotidien avec une fausse naïveté philosophique. Le grand méchant loup d’Hélène Delprat non loin du Spaghetti Man de Paul McCarthy ou les hybridations culturelles de Bruno Peinado et le télescopage baroque de Carlos Aires achèvent de bousculer nos certitudes et les pouvoirs en place. Le rire devient alors le vecteur d’une prise de conscience essentielle – un ultime espace de liberté face à la complexité et à la marche du monde.

Si l’humour peut sembler futile, les artistes rassemblés ici démontrent le contraire avec éclat : rire, c’est résister. C’est refuser la résignation, déjouer les certitudes et maintenir vivant l’espace critique que toute société démocratique se doit de préserver. En quittant cette exposition, nous espérons que vous emporterez non seulement un sourire, mais aussi ce regard décalé et lucide que l’art seul sait offrir.